Agriculture : Le champ des possibles

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VERSION FRANCAISE

Agriculture : Le champ des possibles

Le voyage des cultures

Aux 17e et 18e siècles, les plantes telles que le tabac, le sucre, l’indigo et le riz circulent et connectent le monde entier, tout en étant des sources de richesse pour les puissances coloniales. La culture du coton ne connaîtra un essor phénoménal que bien plus tard, au 19e siècle.

 

Culture(s) des travailleurs de la terre : les voyages entre continents, leurs apports sur les nouveaux territoires

C’est suite au développement de cultures d’exportation (tabac, canne à sucre, indigo, riz) tout au long du 17e siècle que les colons anglais ont recours à l’achat massif d’esclaves, préférablement originaires des régions rizicoles situées en Afrique de l’Ouest. Les plus “résistants” sont souvent vendus dans le sud de la Caroline, une région où la culture du riz est très importante, et sont destinés à vivre et travailler dans des conditions très rudes, aux côtés des autres travailleurs agricoles qui sont les engagés et les petits exploitants.

Mais le riz n’est pas le seul produit à être cultivé dans les Carolines. Au milieu du 18e siècle, et dans le but de générer encore davantage de profits, les colons décident de cultiver l’indigo. Obtenu à partir des feuilles d’un arbuste appelé indigotier, l’indigo est transformé en une poudre de couleur bleue qui sert de teinture. Il prend une grande importance et sa culture devient encore plus intensive pour répondre aux exigences
de production.

 

Culture des produits : Exports vers l’Europe, échanges entre les colonies

Pendant longtemps, les échanges de plantes et de produits agricoles dominèrent le monde. Avec l’Échange Colombien (un échange de produits agricoles international), des produits originaires de l’autre bout du monde arrivent dans les Amériques. Toutefois, la production est principalement destinée aux marchés européens et non locaux.

Très vite, le sucre remporte un important succès commercial. Le Portugal est le premier pays à investir dans les plantations de canne à sucre et à le produire en grande quantité dans sa colonie du Brésil. Les conditions climatiques en Amérique du Sud et aux Antilles sont en effet favorables à la culture de la canne à sucre. En peu de temps, le produit devient la base d’une industrie grandissante, menant à une augmentation du trafic d’esclaves pour subvenir à la demande de main d’œuvre dans les colonies.

En 1720, avant la séparation en deux de la Caroline, la région de Charleston s’enrichit grâce aux échanges avec les Autochtones et l’exportation de peaux de chevreuils. La chasse est une activité importante de l’époque puisque génératrice de revenus. Les exportations de riz et d’indigo participent aussi grandement à cet enrichissement, qui contribuera à donner à Charleston le statut de “ville culturelle et raffinée”.

D’autres colonies anglaises se distingueront aussi dans le domaine de l’agriculture : les colonies de nord et du centre pour la culture des céréales, et celle de Chesapeake (Maryland, Virginie) pour le tabac.

 

Une graine d’espoir

Uncle Ben’s : déconstruction d’un cliché

On pense souvent que le riz est originaire d’Asie alors qu’en réalité, il arrive en Amérique du Nord depuis
l’Afrique. Sa culture se développe grandement en Caroline, si bien qu’elle permet au territoire de se développer.

Lorsqu’il est question d’échanges et de transferts pendant l’ère coloniale, il ne s’agit pas seulement de produits, de personnes et de biens en tout genre, mais aussi d’un échange de culture(s), volontaire ou forcé. Des hommes et femmes arrivent dans un nouveau territoire avec toutes leurs connaissances et leur propre histoire. Le riz en est le parfait exemple. C’est parce que les esclaves africains, envoyés en Caroline, sont forcés au dépend de leur vie à transmettre leur savoir pour cultiver que la région prospère. En 1648, dans une correspondance avec l’Angleterre, le riz est présenté par les colons comme un produit prometteur pour la Caroline. Le temps et l’histoire le confirment rapidement : la culture du riz a un succès inattendu.

 

Histoire de la culture du riz en Amérique

Dans les années 1640, le riz qui est planté dans les colonies du Sud de la côte Est est un riz de couleur rouge. Il pousse arrosé par la pluie qui tombe souvent dans la région. Ce type de système agricole par précipitations est l’un des premiers à voir le jour en Caroline.

Mais ce procédé d’agriculture n’est pas le seul. La culture du riz se fait aussi dans des marais, où les esclaves ne travaillent pas sur un sol dur et sec mais plutôt sur une surface boueuse, humide et collante. Les conditions sont rudes, et cultiver dans ce type de milieu exige des efforts physiques importants, ce qui explique le fort taux de décès dans les plantations de riz.

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ENGLISH VERSION

Agriculture : The field of possibilities

Traveling culture(s)

In the 17th and 18th centuries, plants such as tobacco, sugar cane, indigo and rice circulated and connected the whole world, while at the same time being sources of wealth for the colonial powers. The cultivation of cotton did not take off until much later, in the 19th century.

 

Culture(s) of the workers of the land : travel between continents, their contributions to new territories

Following the development of export crops (tobacco, sugarcane, indigo, rice) throughout the 17th century, English colonists resorted to the massive purchase of slaves, preferably from the rice-growing regions of West Africa. The most "resistant" were often sold in South Carolina, a region where rice cultivation was very important, and were destined to live and work in very harsh conditions, alongside the other agricultural workers who were the hired hands and small landowners.

But rice was not the only product grown in the Carolinas. In the mid-18th century, to generate even greater profits, the colonists decided to cultivate indigo. Obtained from the leaves of a shrub called indigo, indigo is conditioned as a blue powder used as a dye. Indigo grew in importance, and cultivation became even more intensive to meet production requirements.

 

Growing produce : exports to Europe, trade between colonies

For a long time, trade in plants and agricultural products dominated the world. With the Colombian Exchange (an international exchange of agricultural products), products from the other side of the world arrived in the Americas. However, production was mainly destined for European rather than local markets.

Sugar soon became a major commercial success. Portugal was the first country to invest in sugar cane plantations and to produce it in large quantities in its colony of Brazil. Climatic conditions in South America and the West Indies were ideal for growing sugar cane. Within a short space of time, the product became the basis of a growing industry, leading to an increase in the slave trade to meet the demand for labor in the colonies.

In 1720, before the Carolinas were split in two, the Charleston region was enriched by trade with the Natives and the export of deerskins. Hunting was an important revenue-generating activity at the time. Exports of rice and indigo also played a major part in this enrichment, which contributed to Charleston’s status as a "city of culture and refinement".

Other English colonies also made a name for themselves in the agricultural field : the North and Central colonies for cereal crops, and the Chesapeake (Maryland, Virginia) for tobacco.

 

A seed of hope

Uncle Ben’s : deconstructing a cliché

Rice is often thought to have originated in Asia, when in fact it came to North America from Africa. The cultivation of rice in the Carolinas is growing rapidly, helping the region to develop.

When we talk about exchanges and transfers during the colonial era, we are not just talking about products, people and goods of all kinds, but also an exchange of culture(s), whether voluntary or forced. Men and women arrive in a new territory with their knowledge, skills and their own history. Rice is a typical example. It is because African slaves, sent to the Carolinas, are forced at the cost of their lives to pass on their knowledge of how to grow rice that the region prospers. In 1648, in a letter destined to England, the colonists presented rice as a promising product for Carolina. Time and history quickly confirmed this : rice cultivation was an unexpected success.

 

History of rice cultivation in North America

In the 1640s, the rice planted in the southern colonies of the East Coast was red in color. It was watered by the rain that often fell in the region. This type of rain-fed farming system was one of the first to emerge in the Carolinas.

But it was not the only farming method. Rice was also grown in swamps, where the slaves worked not on hard and dry soil, but rather on a muddy, wet and sticky surface. Conditions were harsh, and cultivating in this type of environment required considerable physical effort, which explains the high death rate on rice plantations.

 

Written by / écrit par Alexandra Lerigoleur and Raphaël Tessier.

 

BIBLIOGRAPHIE / BILBIOGRAPHY :

Bourhis-Mariotti, Claire. Isaac Mason, une vie d’esclave. Traduction, introduction et notes de Claire Bourhis-Mariotti. Collection Récits d’esclaves. Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2021.

Bushman, Richard, The American Farmer in the Eighteenth Century A Social and Cultural History, Yale, Yale University Press, 2018.

Carney, Judith, Black Rice, The African Origins of Rice Cultivation in the Americas, Harvard, Harvard University Press, 2001.

Kulikoff, Allan, From British Peasants to Colonial American Farmers, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 2014.