Artisans : espoir et prospérité pour le Nouveau Monde

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VERSION FRANCAISE

Artisans : espoir et prospérité pour le Nouveau Monde

I) Organisation et vie quotidienne au travail 

Un métier au coeur de la société coloniale

L’artisanat est une activité nécessaire au bien-être de la communauté. De nombreuses responsabilités pèsent sur les épaules du maître-artisan : il endosse à la fois le rôle de patron, de père, et de précepteur pour ses potentiels apprentis. Dans ses lourdes tâches quotidiennes, il est épaulé par son épouse qui gère à la fois la boutique et la bonne tenue des comptes. Quant à ses fils, ils accompagnent leur père à l’atelier, où les rudiments du métier leur sont appris avec grand soin. 

Ses marchandises circulent à tous les niveaux de la société coloniale. Les artisans plus spécialisés, qui produisent des fournitures et des objets ornementaux, s’adressent à une clientèle plutôt aisée. Les outils rudimentaires, quant à eux, sont essentiels à la survie des colons. Le fer est le matériau le plus prisé pour confectionner ces instruments de première nécessité. Il permet la fabrication de haches, de clous et de fers-à-cheval.

 

Devenir artisan : de l’apprenti au grand maître

Dans les colonies britanniques, le savoir-faire se transmet de père en fils. Il est également possible pour le maître de former un apprenti, dont le travail est réglementé par un contrat engageant le concerné à 4-5 ans de service. Cet engagement est bilatéral : en échange du travail fourni par l’apprenti, le maître se doit de garantir le gîte, le couvert et l’éducation de son protégé.

Après 5 ans de dur labeur, l’ancien apprenti se voit offrir par son maître le “vêtement de la liberté", un costume lui accordant le statut de “compagnon.” Ce dernier s’emploie alors à chercher du travail, ou à se faire embaucher chez son ancien maître, dans l’espoir d’économiser suffisamment d’argent pour se mettre à son compte.

 

Disparités régionales : artisans des villes, artisans des champs

Les espaces portuaires des grandes villes coloniales sont les plus attractifs pour les artisans, qui profitent du dynamisme du commerce maritime pour diversifier leur clientèle.

En tant que port majeur du Nord, Boston permet à une variété d’artisans de prospérer dans les métiers du bâtiment et du textile. L’économie des villes du Sud demeure, elle, davantage dominée par l’agriculture. L’activité des tonneliers, ainsi que des forgerons, permet d’assurer le transport et la conservation des récoltes.

Dans les zones rurales plus isolées, l’activité de l’artisan est plus difficile à définir, d’autant que les fermiers représentent 80% de la population. À cause de la faible demande, les maîtres restreignent souvent leur production aux commandes des clients. 

 

Trois activités d’artisans à découvrir 

  • Le forgeron : Il est le fournisseur principal des outils de première nécessité, et le garant de la survie de ses pairs qui travaillent eux-même avec le métal (armuriers, orfèvres…). Du fait de la résistance du fer aux multiples manipulations, le travailler demande beaucoup de rapidité et de dextérité.
  • L’ébéniste : La pratique du métier d’ébéniste nécessite une certaine maîtrise de la géométrie et de l’architecture. Ses œuvres essentiellement ornementales (commodes, cabinets, secrétaires) sont destinées à meubler les maisons des riches colons. Il est également sollicité pour la construction de cercueils et le bon déroulement des enterrements.
  • L’apothicaire : Ce commerçant des villes tient une boutique dans laquelle il est possible d’acheter des “remèdes”. Il endosse souvent le rôle de médecin et se déplace pour apporter des soins aux malades. Il n’existe pas de licence pour exercer ce métier sur un territoire où les études ne sont pas accessibles. Beaucoup de leurs pratiques leur ont été transmises par certaines populations amérindiennes qui utilisaient des plantes médicinales aux effets bénéfiques sur la santé. 

 

II) Communautés et influences politiques

Les prémices d’une identité sociale

A une époque où la sécurité financière est rarement assurée, la préoccupation première de l’artisan est d’assurer la pérennité de son entreprise face aux pressions exercées par l’Empire Britannique qui cherche à réguler son activité. 

Une première association corporatiste se crée à Philadelphie en 1724 : La Compagnie des Charpentiers de la Ville et du Comté de Philadelphie. Leur agenda politique vise à limiter la hausse des prix, la compétitivité, ainsi que réguler davantage les contrats d’apprentissage. Cette compagnie pèse dans les décisions touchant à l’aménagement urbain du fait de ses relations avec de nombreuses figures politiques éminentes. Ses membres sont notamment à l’origine de la construction de l’Independence Hall, où sera signée la Déclaration d’Indépendance en 1776.

 

Identité politique et esprit révolutionnaire à l’heure de l’indépendance

Une conscience politique se forge au sein des ateliers ; les artisans voient souvent leur boutique se transformer en un lieu de rencontre et de sociabilisation. Les bavardages laissent des traces dans les esprits, en particulier à l’heure où les intérêts des marchands entrent en conflit avec ceux de la Couronne.

Petit à petit, les maîtres décident même de prendre les armes. Les plus influents parviennent à organiser des milices de volontaires pour défendre leur territoire. C’est par le biais d’un manifeste publié le 17 novembre 1747 que l’imprimeur Benjamin Franklin appelle les artisans de Philadelphie à former une résistance contre une potentielle offensive française durant la troisième guerre intercoloniale (1744-1748). De là, naît la force armée des Associators qui se maintiendra active jusqu’à l’indépendance.

Plus tard, alors que la Guerre de Sept Ans (1756-1763) a vidé les coffres de la nation mère, cette dernière augmente drastiquement les taxes sur les marchandises coloniales. Dans les années 1760, une vague de rébellions patriotes prend également racine dans les cercles de l’artisanat.

 

Portrait

Paul Revere : une figure artisane de l’Indépendance

Paul Revere est un orfèvre bostonien prospère. Membre actif des Fils de la Liberté dès 1765, il organise des campagnes d’espionnage massives sur l’armée britannique.

Sa Chevauchée nocturne (Midnight Ride) du 18 avril 1775, immortalisée par Henry Wadsworth Longfellow dans son poème “Paul Revere’s Ride” en 1860, est reconnue comme une action patriotique centrale de la Révolution américaine. De Boston à Lexington, il traverse les villes et villages pour prévenir les colons de l’arrivée des troupes britanniques, à la veille de la bataille de Lexington et Concord.

 

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ENGLISH VERSION

Craftsmen : Hope and prosperity for the Americas

I) The daily life of a craftsman

Craftsman : a challenging occupation at the heart of early colonial societies

Craftsmen were vital contributors to the community’s welfare. They had to handle the various responsibilities of being the equivalent of a father, a master, and a tutor for their apprentices. To help achieve those daily tasks, the craftsman could be supported by his wife, who often managed the shop and kept an eye on accounting records. As for his sons, they usually followed their father’s steps in the workshop in which they learnt the basics of the craft from a very young age.

Craftsmen’s goods were distributed at every level of colonial society. Specialized craftsmen engaged in the creation of decorative wares, addressed their goods to upper-class customers, while rudimentary tools remained less expensive but indispensable for the survival of every settler. Iron stood out as the most sought-after material for this type of product. With this metal, the blacksmith manufactured axes, nails and horseshoes. 

 

How to become a craftsman : from apprenticeship to mastery

In the British colonies, craftsmanship was passed down from father to son. Masters also had the option to impart their skills to apprentices, who committed to 4 to 5 years of service under a contractual arrangement called an ‘indenture’. Commitment was supposedly reciprocal ; in exchange for the apprentice’s labor, the master should provide shelter, food, and education.

After completing his years of rigorous apprenticeship, the now experienced pupil was granted a ‘freedom suit’ by his master. This symbolic gesture elevated the apprentice to the status of a journeyman. Subsequently, the journeyman then sought employment, possibly with their former master, with the hope of saving enough money to start their own business.

 

Regional features : towns and countryside

Port towns remained the most financially profitable places for craftsmen to establish their businesses as they attracted maritime trade. In these urban areas, craftsmen could easily diversify their clientele. As a major northern port, Boston fostered a variety of masters in the building and clothing trades. In the southern colonies, agriculture dominated the economy, and coopers played a crucial role in crafting barrels for storing and transporting crops.

In rural areas, however, the artisan’s activity was more challenging to define, especially since farmers represented 80% of the population. Due to low demands, masters often restricted their work to ‘bespoke goods’ (products that had been ordered by customers).

 

Three crafts to discover

  • The blacksmith : He was the primary provider of essential tools and ensured the survival of his fellow smiths who themselves worked with iron (gunsmiths, silversmiths…). Working with metal demands a unique combination of speed and precision. Iron resists various manipulations when cooling down, which sets the skills of this artisan apart from his peers.
  • The cabinetmaker : Learning basic geometry and architecture was essential for this craftsman. Focused on crafting ornamental pieces for customers with an acute sense of fashion, the cabinetmaker produced items such as dressers, cabinets, and secretaries. The widespread adoption of this activity in the mid-18th century indicates a significant enhancement in the settlers’ quality of life.
  • The apothecary : Operating as an urban merchant, the apothecary ran a shop where remedies could be purchased. In addition to being a normal craftsman, he often visited the sick in his town. In a territory where formal education was not accessible, no license was required to practice medicine. However, much of their knowledge was inherited from certain native populations who used medicinal plants with beneficial effects.

 

II) Communities and political awareness

First signs of a social identity

Because of the British Empire’s increasing measures of trading regulations in the 18th century, masters struggled to withstand the pressures and were primarily concerned with the durability of their businesses.

 Subsequently, a first corporatist association was established in Philadelphia in 1724 : The Company of Carpenters of the City and County of Philadelphia. Their political agenda aimed at limiting price rise and competitiveness, as well as improving the monitoring of the indenture contracts for apprentices. Thanks to their relationships with influential political figures, the company had a huge influence on urban planning. Their members notably built the Pennsylvania State House, where the Declaration of Independence was signed in 1776.

 

Political identity and revolutionary mindset on the eve of Independence

Political consciousness was progressively forged within artisans’ workshops. Those often turned into crowded meeting places for the clients to socialize. Discussions helped craftsmen to put their condition into perspective, especially at a period when their own interests clashed with the Crown’s. 

Some craftsmen progressively decided to take arms. The most influential masters even managed to form volunteer militias to defend their territory. Indeed, in 1747, Benjamin Franklin’s manifest ‘Plain Truth’ circulated within the artisan community, urging craftsmen to stand against the French offensive during King George’s War (1744-1748). The armed force ‘The Associators’ that emerged from this event would remain active until Independence. 

Subsequently, craftsmen found themselves opposing the tax increases on goods imposed by the motherland following the depletion of the Crown’s treasury during the Seven Years’ War (1756-1763). In the 1760s, a surge of patriotic rebellions against economic control started to rise within craft businesses.

 

Paul Revere : a leading figure of Independence

Paul Revere, a prosperous silversmith from Boston, joined the Sons of Liberty in 1765, actively participating in espionage campaigns against the British army. 

He is widely recognized for his Midnight Ride, a symbolic and patriotic action at the beginning of the Independence war, famously recounted by Henry Wadsworth Longfellow in his poem ’Paul Revere’s Ride,’ published in 1860. Indeed, on April 18, 1775, on the eve of the Battle of Lexington and Concord, Revere rode through towns and villages from Boston to Lexington to warn inhabitants of the imminent arrival of British troops.

 

Written by / écrit par Constance Vaysse.

 

BIBLIOGRAPHY / BIBLIOGRAPHIE :

Anderson, Clay, et al. The craftsman in America. Washington, D.C. : National Geographic Society ; First Edition, 1975.

Bridenbaugh, Carl. The Colonial Craftsmen. New York : Dover Publications, Inc., 1961.

Hillaire-Perez, Liliane, Simon, Fabien and Marie Thébaud-Sorger. L’Europe des science et des techniques XVe-XVIIIe siècles, un dialogue des savoirs. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016.

Nash, Gary. « Artisans and Politics in Eighteenth-Century Philadelphia », in Race, Class and Politics : Essays on American Colonial and Revolutionary Society. Urbana, 1986.

Quimby, Ian. The craftsman in early America. New York : W. W. Norton & Company, 1984. 

Tunis, Edwin. Colonial Craftsmen and the beginning of American Industry. Maryland : Johns Hopkins University Press, 1972.

Valesco Murillo Dana, Margarita Ochoa and Mark Lentz. City Indians in Spain’s American Empire, Urban Indigenous Society in Colonial Mesoamerica and Andean South America, 1530-1810. Liverpool : Liverpool University Press, 2013.

Wilds, Mary. A colonial Craftsman. Detroit : Thomson Gale, 2005.

 

WEBOGRAPHY / WEBOGRAPHIE :

“Craftsmen and tradesmen, Colonies in America : Commerce, Business and the Economy.” Research Guides at Library of Congress.https://guides.loc.gov/colonial-america-business-research/craftsmen 

“Historic Trades and Skills.” Colonial Williamsburg Foundation. https://www.colonialwilliamsburg.org/explore/historic-trades/?from=navexplore